Deirdre Campbell : Là où pousse la couleur

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Deirdre Campbell : Là où pousse la couleur

Chez Deirdre Campbell, que ses proches surnomment affectueusement « Dida », les reliefs accrochent la lumière comme les paysages retiennent le vent. Devant ses toiles, chacun est libre d’y voir une mer apaisée, une lande silencieuse, un ciel d’orage ou les derniers reflets d’un soleil couchant. Les brassées multicolores de fleurs ne disent jamais tout. Elles suggèrent…

« Le ciel ne s'arrête jamais » : la toile de la collection.

Petite fille déjà, l’insomnie la pousse à dessiner sur les murs de la maison. Sa mère n’efface jamais ces premiers élans créatifs. À l’école aussi, on la laisse faire. Immergée dans la culture familiale artistique et avant-gardiste, soutenue par son professeur d’art, Deirdre comprend très vite que créer, c’est d’abord regarder le monde avec curiosité et confiance. Voilà les fondements de sa liberté d’artiste.

Son œuvre parle du vivant, chante les saisons, embrasse la disparition comme la renaissance. Son sens artistique se défie de la perfection : les épaisseurs enjambent les surfaces trop sages, la matière recouvre la platitude, les accidents fissurent la normalité. Comme la vie, sa peinture donne du fil à retordre et en fait voir de toutes les couleurs.

ARTIST : Nous nous connaissons depuis plus de vingt ans. Tu es née en Irlande. Qu’as-tu gardé de ton pays ?

DEIRDRE : La magie… le côté féérique surtout. Et cette manière assez fun d’être ensemble. Après l’université, je suis partie seule aux États-Unis, puis au Canada, le pays de ma mère. Ailleurs, cette période de jeunesse me donne un immense sentiment de liberté, que je consigne dans de petits carnets, par l’écriture ou le dessin.

ARTIST : Les horizons irlandais vivent-ils toujours dans tes tableaux ?

DEIRDRE : Énormément. Dans le Connemara, la région de ma grand-mère paternelle, le ciel ne s’arrête jamais.  En quelques minutes, le soleil laisse place aux nuages, puis à une averse avant qu’une éclaircie n’apparaisse. Cette lumière mouvante et surnaturelle révèle les landes, les lacs, les falaises. J’en suis toujours profondément imprégnée.

ARTIST : Et comment l’Irlande t’a-t-elle conduite jusqu’en Bourgogne ?

DEIRDRE : (rires) Parce qu’un Français m’a convaincue de partager ses bons vins et sa vie !

La Bourgogne lui offre une autre palette. Entre Beaune et Chalon-sur-Saône, les pierres changent de teinte, la brume arrose la vigne, le terroir mûrit ses grappes, le calendrier s’égrène du vert aux ors rougis de l’automne. Les bleus limpides succèdent aux gris perle, aux ocres et aux roses du soir. Deux terres, deux univers… Deux lumières puissantes, versatiles, qui reconnaissent leurs différences.

Lorsqu’elle s’installe à Chalon-sur-Saône, elle métamorphose peu à peu un terrain envahi de broussailles en jardin extraordinaire. Cosmos, graminées, vivaces et floraisons spontanées composent un décor en perpétuelle transformation. Ce jardin devient son premier atelier, à ciel ouvert. Elle y écoute les bruits, contemple le clair-obscur, saisit les variations de la nature.

DEIRDRE : « Bon… On va visiter l’atelier. Ce n’est pas très propre… C’est un vrai foutoir ! »

Pas de mise en scène. Les pinceaux débordent des bocaux, les cartons portent les traces de milliers de gestes. Comme dans les massifs, juste à côté, rien n’est figé. Une joyeuse effervescence règne sur les pots de peinture à l’huile industrielle, fabriquée spécialement pour elle. Tout révèle une production foisonnante.

Deirdre ne peint jamais devant un chevalet. Souvent à genoux, parfois assise sur un petit tabouret, elle travaille la toile posée à même le sol ou sur ses jambes, contre elle.

DEIRDRE : « J’ai besoin d’être physiquement dans la chose. Les mains dessus. »

La création avance sans itinéraire préétabli, dans une orchestration secrète.

DEIRDRE : « Je commence par une idée… Puis parfois tout change. Alors je passe à une autre avant d’y revenir. »

Certaines œuvres demeurent filles uniques ; d’autres deviennent naturellement des diptyques, parfois même des triptyques. Même lorsque les couleurs deviennent plus profondes, une certitude demeure. Aucune précipitation. Chaque tableau suit le rythme de sa fécondité. 

Plusieurs déclinaisons naissent ainsi en même temps.

DEIRDRE : « Il y a toujours une touche de lumière, d’espoir dedans. Chaque œuvre est traversée de ce jaillissement. »

DEIRDRE : « J’aime que l’on ait envie de toucher mes tableaux. Que la peinture sorte de la toile. Qu’elle soit vivante. Qu’on puisse la sentir sous les doigts, plus loin que les yeux ne portent. »

Entre le jardin et la peinture, entre l’Irlande et la Bourgogne, il n’existe aucune frontière. Les fleurs s’épanouissent à l’envi, le ciel s’étire dans ses infinies nuances, la lumière impose ses caprices. Deirdre Campbell recueille cette énergie, la transforme et l’amalgame à la sienne.

Séduits par sa peinture libre, profondément sensible, son sens du beau, Brigitte et François ont proposé à Deirdre Campbell une collaboration artistique.

DEIRDRE : « Yes… Why not ? »

Une réponse simple, spontanée, à l’image d’une entente qui va de soi.

C’est cette liberté, cette force du vivant et cette sensibilité singulière qui ont subjugué Brigitte et François. Saisis par tout ce qui exulte sur la toile, ils ont imaginé, puis donné corps à une collection d’Art-à-Porter.

Du 21 au 30 août, découvrez une présentation portée par une rare force émotionnelle, la nouvelle session d’ARTIST : « Le ciel ne s’arrête jamais ».

 

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