Il photographie le réel, puis s’emploie à le faire disparaître. Il prélève un paysage, une architecture, une silhouette, les déplace, les recouvre, les colore, les polit. Édouard Buzon part de ce qui existe pour aller chercher ce qui n’existe peut-être que dans son regard. Chez lui, la photographie enregistre. La peinture réinvente.

Né à Clamart en 1979, Édouard Buzon est autodidacte. Pas d’école d’art ni de parcours académique : il construit sa pratique progressivement, par l’expérience, jusqu’à faire de cette recherche une écriture très personnelle. Depuis une quinzaine d’années, son travail voyage largement hors de France et s’expose à Londres, Bruxelles, Amsterdam, Hong Kong, Singapour, Miami, New York, Berlin ou Vienne. En 2026 encore, ses œuvres circulent de Los Angeles à Palm Beach, de Bruxelles à Berlin, Londres, Lille et Vienne. Un parcours international qui accompagne l’évolution constante de son travail.
Du réel, mais pas tout à fait
Pour comprendre sa peinture, il faut d’abord parler de photographie. À ses débuts, Édouard Buzon photographie les paysages urbains, les architectures, les lieux de passage, les stations balnéaires. Barcelone, Coney Island et son univers de fête foraine un peu artificiel nourrissent notamment son imaginaire.
Mais le cliché n’est jamais une fin. Il est une matière première.

« J’ai besoin de m’approprier des choses, des images, et de le faire avec mes mains, armées des couleurs que je fabrique moi-même à partir de pigments. »
Alors Buzon découpe mentalement le réel. Il rapproche ce qui ne devrait pas l’être et organise des rencontres improbables : un immeuble, un palmier, une plage, un fragment d’architecture, une silhouette. Tout semble reconnaissable et pourtant quelque chose nous échappe. Comme un souvenir de voyage dont on ne saurait plus très bien dire s’il a été vécu, photographié ou rêvé.
Des personnages apparaissent aussi dans ses premières œuvres. Souvent vus de dos, anonymes, ils sont là sans vraiment y être. Édouard Buzon parle de « présences absentes ». Pas de visage pour orienter notre regard, pas d’histoire imposée. La silhouette laisse une place vacante dans laquelle chacun peut glisser la sienne.
Peindre, écrire, effacer, recouvrir
La création d’Édouard Buzon est aussi affaire de temps et de gestes.
Sur un support en bois se succèdent photographies, pigments et couches de vernis. Il peint, écrit, efface, recouvre. Puis il ponce et polit. Encore et encore. Certaines œuvres nécessitent plusieurs mois avant d’atteindre cette surface parfaitement lisse, profonde et brillante qui caractérise son travail.

Sous cette apparente perfection demeurent pourtant les strates, les accidents, les traces de ce qui a été recouvert. L’image se construit autant par ce que l’artiste montre que par ce qu’il choisit d’effacer.
Et puis il y a la couleur. Pas celle que l’on pose à la fin pour habiller l’image : celle qui la fabrique. Buzon compose lui-même ses couleurs à partir de pigments. Elles deviennent matière, profondeur, lumière.
De la ville au paysage intérieur
Depuis quelques années, quelque chose se déplace.
Les silhouettes s’effacent. La ville recule. Les compositions s’épurent et la nature prend davantage de place. L’artiste, lui, parle de « repeindre la nature » à partir de ses photographies.
Les titres de ses œuvres récentes racontent presque à eux seuls cette évolution : Quiet Field, Quiet Waters, Solar Lines, Sunset Silence, Tropical Mirage, The Distant Blue, Edge of Light, Urban Flowers…

Ci-dessus, la toile qui a inspiré la collection « Grand Nord ».
L’eau, les fleurs, le bleu, le soleil, la lumière, le silence ont progressivement remplacé l’architecture, les personnages et les signes urbains. Le photographe du paysage réel semble être devenu peintre d’un paysage intérieur.
Pourtant, Édouard Buzon n’a pas renié ses débuts. La photographie demeure. Les pigments, le bois, les superpositions et le patient travail de surface aussi. C’est peut-être là que son parcours devient le plus intéressant : tout change, mais la manière de transformer reste.
Le réel est toujours son point de départ. Simplement, il l’emmène désormais beaucoup plus loin.
Et nous avec lui.
Pour aller plus loin
Retrouvez l’univers et les œuvres récentes d’Édouard Buzon sur son site : edouardbuzon.com
Ses dernières expositions et foires en 2026 : Lille Art Up!, du 12 au 15 mars ; Affordable Art Fair Berlin, du 16 au 19 avril ; Affordable Art Fair Hampstead à Londres, du 6 au 10 mai ; Affordable Art Fair Vienna, du 28 au 31 mai.
En début d’année, son travail a également été présenté aux USA, au LA Art Show, du 7 au 11 janvier, et à Art Palm Beach, du 28 janvier au 1er février.
