Le ciel change sans cesse. La lumière aussi. Chez Deirdre Campbell, les couleurs ne restent jamais immobiles. Elles s’interpellent, s’apprivoisent, disparaissent avant de renaître ailleurs.
« J’ai voulu ajouter un peu de cette lumière qui change », confie-t-elle.
À première vue, les rouges profonds évoquent la Bourgogne, ses vignes, la terre généreuse et les fleurs qui bordent les chemins. Puis le regard s’attarde. Par touches, les verts, les bleus, les ocres prennent à leur tour la parole. À proximité, les arbres, les haies, les herbes sauvages quadrillent ses coteaux. Toute cette vie discrète qui accompagne les ceps apparaît peu à peu.
Deirdre Campbell en donne elle-même la clé :
« La vigne n’existe pas toute seule. Elle a besoin des roses, des bois environnants, des autres plantes qui la protègent. »

Le tableau cesse alors de raconter le vignoble pour parler des forces et des fragilités de la nature. Les rubis ne sont plus seulement ceux du vin, mais aussi ceux de la végétation. Les lignes deviennent des tiges, les éclats dorés évoquent le pollen, les baies ou les insectes invisibles qui participent à ce frêle équilibre où chaque élément trouve sa place.
Cette vision ne pouvait que rencontrer celle de Brigitte et François.
Depuis toujours, ils imaginent leurs collections comme des vestiaires qui vivent, évoluent et se construisent dans le temps. La convergence vers l’univers de Deirdre Campbell n’a donc rien d’un hasard. Elle révèle une sensibilité commune, une même manière d’observer la nature, de respecter son rythme et de laisser dialoguer les couleurs au lieu de les contraindre.
Plutôt que d’en concevoir une traduction textile, ils en ont prolongé le souffle.
Il en découle une garde-robe imaginée comme la traversée des parcelles viticoles qui entourent ces trois créatifs.
Comme dans la peinture, le regard non plus ne s’arrête jamais. Il passe d’un cuivré profond à un bordeaux patiné, d’une clarté satinée à la douceur enveloppante du tricot. Face au motif foisonnant, un micro pied-de-poule sur fond carmin laisse respirer l’ensemble. Les silhouettes ne cherchent jamais à attirer seules l’attention. Elles se complètent, se poursuivent.

Une redingote allonge la silhouette avant de protéger l’imprimé qu’elle laisse deviner. Sans jamais perdre le confort de sa maille, une veste courte festonnée de croquets de velours apporte profondeur et structure. Un cardigan, un pull et quelques tops reprennent le fil du récit avec davantage de souplesse. La robe émancipe tous ses balancements dans un même élan, tandis que le pantalon apporte un trait d’union conciliant, comme le terroir sombre révèle l’éclat des plantes.
Les imprimés circulent d’un modèle à l’autre sans jamais lasser. Le faux uni leur offre des silences. Les superpositions donnent de la profondeur à l’ensemble, comme les bosquets, les arbustes et les touffes accompagnent d’instinct la vigne sans jamais lui voler la vedette.

Viennent alors ces détails que l’on remarque rarement au premier abord : une doublure vermeille qui illumine l’intérieur de la redingote lorsqu’elle s’entrouvre, quelques boutons rouges cerclés d’or qui étincellent, des poches surlignées, de fins passepoils qui relient les pièces entre elles comme autant de lignes de vie.
Tout trouve naturellement sa place dans cette interprétation d’Art-à-Porter, fidèle à l’esprit de Deirdre Campbell.
Cette liberté est sans doute ce qui rapproche le plus la peintre et les cofondateurs d’ARTIST.
Tous trois travaillent par ajustements successifs. Ils scrutent, reviennent sur leur geste, déplacent une couleur, modifient une matière, retirent parfois davantage qu’ils n’ajoutent. Rien n’est jamais figé. Chaque création conserve une part de mouvement, comme si elle continuait de vivre une fois achevée.
On comprend alors que cette collection ne cherche pas seulement à habiller une silhouette.
Elle invite à traverser la toile, à sortir du cadre. À libérer ce qui pousse pour continuer à circuler.
Cette huile pourrait être une déclaration d’amour à la Bourgogne. En tout cas, elle nous rappelle que rien ne grandit seul. Chaque élément participe à cette harmonie discrète d’où naît la beauté.

C’est peut-être là que se rencontrent véritablement Deirdre Campbell, Brigitte et François.
Chacun dans leur art et leurs savoir-faire, ils partagent une même confiance dans le vivant. Ils refusent de l’enfermer. Ils préfèrent lui emboîter le pas, le laisser évoluer jusqu’à ce qu’il trouve patiemment son juste équilibre. Leur sens, leur goût, leur démarche artistique avancent par le dialogue, les heureuses synchronisations et les transformations successives.
D’une terre à une allégorie.
D’une métaphore à un vêtement.
La couleur s’incarne sur l’étoffe sans perdre son intensité. La peinture est devenue textile sans perdre ni son identité ni son émanation. Et le vêtement continue, à son tour, de raconter ce que la toile murmurait déjà.
Le ciel ne s’arrête jamais. ARTIST non plus.
Présentation de collection jusqu’au 30 août 2026.
